Quelle est la morale de Madame Bovary de Flaubert

Quelle est la morale de Madame Bovary de Flaubert
Image: portrait de Flaubert et illustration de Georgette Leblanc (1821 - 1880)

Découvrez ici la morale de Madame Bovay : Moeurs de Province (1857), le chef d'oeuvre de Gustave Flaubert et l'une des perles de la littérature française et mondiale. L'auteur mettra 5 ans à écrire le roman, paru d'abord en feuilletons dans la Revue de Paris. Flaubert sera jugé pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs » et blâmé pour « le réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères », ce qui n'empêchera pas au livre de connaître un immense succès en librairie. Depuis 1932, le roman est l'objet de nombreuses adaptations au cinéma ou à la télévision.

Le style littéraire de Flaubert

Flaubert avait un "gueuloir" dans lequel il criait ses phrases pour voir comment elles sonnaient. Il cherchait l'harmonie parfaite entre le fond et la forme, l'idée et l'expression. Malgré les événements tragiques qui sont décrits, le lecteur a une impression plaisante, de beauté. Ceci est du au style.

Ce style est unique. Il n'est pas romantique, car un excès d'imagination ou de subjectivité tue la vérité. Il n'est pas non plus réaliste, car la brutalité de la réalité est laide. Le style de Flaubert est une recherche du juste milieu, où les mots collent à la pensée à exprimer et disparaissent.

Les personnages principaux de Madame Bovary

Emma Bovary

C'est le personnage principal du roman et l'épouse de Charles Bovary. Dès l'âge de douze ans, elle lit et rêve de l'ailleurs. Elle sera incapable d'extraire quelques joies du quotidien et de vivre le présent. Elle aimera le couvent et la poésie romanesque des textes religieux. Elle regrettera cette époque, son enfance contemplative, et haïra les l'atmosphère rustique et sale de la campagne. Son mari, qui vit dans le présent, ne lui donne aucune conversation et il est incapable d'écouter sa complainte. Il ne se comprenne pas : il essaiera de lui redonner le goût de vivre en changeant d'endroit, mais Emma vit au pays imaginaire et aucun endroit sur Terre n'est assez bon pour elle. Elle vivra dans l'espérance et l'avenir, si bien qu'elle ne vivra pas vraiment. Elle fondera ses espoirs sur des relations qui avorteront, toujours terni par la réalité du quotidien dont elle ne sait se satisfaire. Elle s'ennuie toujours et déprime, elle finira par se suicider.

Charles Bovary

Mari d'Emma et officier de santé, c'est un homme qui manque d'assurance et un incompétent. On peut dire que Charles Bovary est l'archétype du "gros nul". Il n'a aucune volonté propre, encore moins d'imagination... il se laisse porter par les circonstances et les volontés extérieures. Il est passif et subit tout, même les adultères évidents d'Emma. Il mourra de chagrin, seul et désemparé.

Léon Dupuis

Emma tombe amoureuse de lui une première fois mais elle résiste à cet amour. Il se revoit bien plus tard à Rouen et il entame une relation amoureuse. Malgré ses lectures romantiques, Léon n'est pas impétueux : il est timide et s'écarte volontiers des relations trop tumultueuses. Il est élégant mais mou. Il est rêveur (pour lui ses deux années d'études de droit à Paris seront la meilleure époque de sa vie) mais il n'a rien d'un romantique dans la vie réelle.

Rodolphe Boulanger

Premier amant d'Emma, propriétaire du domaine et du château de la Huchette. C'est un mondain aussi froid que perspicace. Il est entreprenant et rustre : c'est un paysan. Il chasse, fouette ses chevaux, tape à l'épaule des uns et des autres, aime montrer qu'il s'est enrichi. Il est attaché à sa terre et refusera l'escapade d'Emma. Par son refus, il poussera madame Bovary au suicide et ne s'en voudra pas pour ça.

Homais

C'est le pharmacien d’Yonville (apothicaire) : il est vaniteux, croit détenir toutes les vérités, ce qui en fait un ignorant et un imbécile. S'il se croit si savant, c'est entre autres parce qu'il évolue dans un environnement de gens peu ou pas instruits. Il s'exprime toujours par l'affirmative, et jamais le doute ne l'assaille. Il croit que le petit patelin où il vit dépend de lui et c'est avec sentiment de supériorité qu'il rend service aux autres. L'Église lui fait concurrence, lui le scientifique qui s'est proposé de tout expliquer et de guider son entourage. Il ne supporte pas être contredis.

M. Lheureux

Commerçant qui fait souvent le trajet Yonville-Rouen. Il abusera d'Emma en lui revendant toutes sortes de choses futiles (rideaux en soie, tapis d'Orient...) et en pratiquant des taux d'intérêt exorbitant. Elle lui doit 1 000 francs au début puis 8 000 à la fin du roman.

Image: illustration d'Albert Fourié - le mariage

Madame Bovary, oeuvre réaliste ou romantique ?

Les inspirations de Flaubert

En 1831, Honoré de Balzac publie une novella (longue nouvelle ou roman court soit environ 40 000 mots) qui s'intitule La femme de trente ans et qui traite du même thème que Madame Bovary. Flaubert sous-titre son roman par Moeurs de Province en hommage à Balzac (cf. nomenclature de la Comédie Humaine de Balzac).

En outre, Flaubert confessa avoir été profondément inspiré par le personnage de Don Quichotte. Comme lui, Madame Bovary désire vivre ses chimères (le roman de chevalerie pour l'hidalgo Don Quichotte, le romantisme pour Emma Bovary), ce qui conduit à la désillusion et à la mort.

Entre réalisme et romantisme

Madame Bovary répond aux caractéristiques du roman réaliste :

  • Le récit est inspiré d'un fait divers et Flaubert s'est rendu sur place pour mieux s'inspirer de la réalité et du décor.
  • Flaubert a lu des traités de médecine pour comprendre l'agonie finale d'Emma, après qu'elle eut bu l'arsenic. Il a aussi consulté un avocat sur les questions d'endettement. Il dessinera aussi le plan d'Yonville pour plus de réalisme.
  • Flaubert cherche, selon ses mots, "l'objectivité qu'on met dans les sciences physiques"
  • Flaubert donne des descriptions riches en détail. Il dépeint les personnages de l'extérieur vers l'intérieur : leur physique, leur parlé, le langage du corps, la psychologie et les pensées. Il explique aussi l'interaction entre le milieu dans lequel le personnage a grandi, sa classe sociale et son caractère.
  • Les faits visibles et crus comptent. La morale est laissé au lecteur.
  • Tout au long du roman, les problèmes d'argent entachent les relations amoureuses et l'intérêt finit par primer sur l'amour romantique.

Bien que l'on rattache Flaubert au réalisme, Madame Bovary est aussi une tragédie romantique. L'auteur, tout comme son personnage, ne peuvent se contenter des limites arides de la réalité crue : il faut de l'évasion, même si Flaubert décrit les dangers du rêve éveillé et de l'imagination, tout en condamnant l’invraisemblance et les lieux communs du romantisme. Flaubert écrit à Huymans : L'art n'est pas la réalité, quoiqu'on fasse, on est obligé de choisir dans les événements qu'elle fournir. Flaubert choisit subjectivement les événements, afin de les assembler de manière à émouvoir et produire l'effet escompté : il recherche la beauté, notamment dans le style littéraire.

La morale de Madame Bovary

Idéalisme, le romantisme et le rêve éveillé n'ont pas leur place dans un monde où priment les intérêts, les coups bas, la bêtise, les ragots etc. En ce sens, la morale est assez pessimiste, même si Flaubert ne l'écrit pas noir sur blanc, et qu'il laisse le lecteur conclure.

Emma mourra, tandis que les coupables demeurent et sont récompensés :

  • Rodolphe n'éprouvera aucun remord (il a le sommeil du juste)
  • Lheureux a fait une bonne affaire en endettant Emma
  • Homais, qui incarne toute la bêtise possible et imaginable, reçoit la croix d'honneur

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