Quelle est la morale du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley

Quelle est la morale du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley

Découvrez ici la morale du Meilleur des mondes, un roman d'anticipation (science-fiction, dystopie) écrit par Aldous Huxley en 1931. Nous ferons ici une analyse de l'oeuvre. L'auteur y décrit une société apocalyptique, une caricature des travers et des maux de son temps ; écrit en 4 mois seulement dans le sud de la France, ce roman sera l'objet d'un commentaire de l'auteur, 25 ans plus tard : Retour au meilleur des mondes.

Les personnages du Meilleur des Mondes

Chaque personnage rappelle une figure historique :

  • Lénina Crowne : Lénine
  • Bernard Marx : Claude Bernard, Karl Marx
  • Notre Ford : Henry Ford
  • Helmholtz Watson : Hermann von Helmholtz, John Watson
  • Polly Trotsky : Léon Trotsky
  • Herbert Bakounine : George Herbert et Bakounine
  • Sarojini Engels : Sarojini Naidu et Friedrich Engels
  • Darwin Bonaparte : Charles Darwin et Napoléon Bonaparte
  • Benito Hoover : Benito Mussolini et Herbert Clark Hoover
  • Mustapha Menier : Mustapha Kemal et Émile-Justin Menier
  • Calvin « Silent Cal » Stopes : Jean Calvin, Calvin Coolidge, Marie Stopes
  • Morgana Rotschild : R. Nathan Meyer Rotschild
  • Joanna Diesel : Joanan, Rudolf Diesel
  • Fifi Bradlaugh : Mademoiselle Fifi, Charles Bradlaugh
  • George Edzel : Henry George et Edzel Bryant Ford
  • Tom Kawaguchi : Saint Thomas, Ekai Kawaguchi
  • Clara Deterding : Clara Barton, Clara Bryant Ford, et Henri Deterding
  • Jim Bokanovsky, Bokanovsky Jones et le procédé Bokanovsky : Maurice Bokanowski

Chacun de ces personnages est soigneusement conçu pour refléter les idéologies ou les personnalités historiques associées à leurs noms. C'est une façon pour Huxley de critiquer subtilement les influences de son temps, en montrant comment ces figures pourraient se manifester dans une société dystopique. Le choix des noms n'est pas anodin et contribue à l'ironie et à la profondeur du récit.

La société du Meilleur des Mondes

Les cinq premiers chapitres du roman décrivent une société hiérarchisée et caricaturale; le futur citoyen reçoit un traitement chimique puis un enseignement pendant son sommeil (hypnopédie). Il accepte ainsi son sort et correspond aux caractéristiques de la classe à laquelle on l'a rattaché :

  1. Alpha : l'élite qui gouverne, vêtue en gris, beaux, grands et intelligents
  2. Béta : travailleurs avec des responsabilités importantes, en rose
  3. Gamma : la classe moyenne et populaire, en vert
  4. Delta et Epsilon : en kaki et en noir, hommes petits et laids, en charge des travaux manuels simples.

L'enseignement vise à rendre le citoyen "heureux", en lui apportant des réponses pré-fabriquées pour qu'il puisse répondre à ses problèmes, par des incitations à positiver et à consommer. Chaque citoyen reçoit des traitements pour ne pas souffrir de stress et ne pas tomber malade, puis pour mourir d'un coup, sans tristesse aucune. Tous les désirs sont comblés, mais il n'y a pas d'amour.

Il est intéressant de noter que cette société utilise des technologies avancées non pas pour libérer ses citoyens, mais pour les maintenir dans un état de servitude heureuse. Ce paradoxe est au cœur de la critique de Huxley, qui met en évidence les dangers d'une dépendance excessive à la technologie et à la manipulation psychologique. Au lieu de promouvoir l'autonomie et la créativité, ces outils sont utilisés pour perpétuer un système rigide et inéquitable.

L'intrigue du roman

Après la mise en place du décor vient l'intrigue à proprement dit :

1. La révolte de Bernard Marx, son voyage, la reconnaissance pour sa découverte du sauvage (ce qui le rendra prétentieux) et son exil.

2. L'amour que découvre Lénina aux côtés de John le sauvage et la façon dont elle abandonne cet amour, qui est incapable de satisfaire ses désirs aussi bien que la société.

3. La figure de John, personnage principal de la fin du roman, idéaliste et romantique qui veut libérer les citoyens du joug de la société. Il espère convaincre les autres que la liberté sans conditionnements vaut mieux que les désirs factices et le confort. Il finira par se suicider.

La tragédie de John réside dans son incapacité à trouver un équilibre entre ses idéaux et la réalité implacable de la société dans laquelle il est plongé. Son histoire est une réflexion poignante sur l'isolement et le désespoir qui peuvent accompagner la quête de sens dans un monde qui privilégie la conformité et la complaisance.

La morale du Meilleur des mondes

Le Meilleur des Mondes est une dystopie, le contraire d'une utopie, une société imaginaire dans laquelle le peuple ne peut atteindre le vrai bonheur. La dystopie est l'un des sous-genres de la science-fiction, une histoire qui porte une mise-en-garde, un message, une morale par le contre-exemple.

Huxley a créé une caricature de plusieurs sociétés (Société de consommation américaine, Russie soviétique, Allemagne Nazi...) : les exagérations n'échappent à personne et visent à faire réfléchir sur nos défauts et nos maux, passés inaperçus au plus grand nombre, et à mettre en garde contres les divergences. Quelles sont ces divergences contre lesquelles Huxley met en garde ? Les voici :

  • Eugénisme : contrôle génétique des naissances et déterminisme social (écrit en 1931, avant le mythe nazi de la race aryenne ou encore le Darwinisme social)
  • Totalitarisme : régime qui tue les libertés individuels et collectives (les noms des personnages de Lénina et Bernard sont un clin d'oeil à Lénine et Marx, ainsi qu'au soviétisme et à la dictature communiste)
  • Fordisme : organisation scientifique du travail, qui aliène les Delta et les Epsilon (cf. Notre Ford)
  • Société de consommation : incitation à consommer sans besoin réel

John se suicide parce qu'il est seul et malheureux, qu'il n'arrive pas à aimer comme un vrai romantique et qu'il ne parvient à libérer les autres, artificiellement heureux de leur sort, conformistes qui ne veulent rien d'autre que leur monde, qu'il dise être "le meilleur des mondes possibles". La question philosophique de fin est donc de savoir si l'homme est réellement épris de libertés (qui impliquent un effort, de la souffrance, une lutte contre ses bas instincts), s'il n'est pas plutôt enclin à assouvir à court terme ses désirs et ses pulsions égocentriques (recherche du bonheur personnel).

Il convient de noter que la morale de l'œuvre invite à questionner non seulement les systèmes politiques et économiques, mais aussi la nature humaine elle-même. Huxley suggère que la quête de bonheur et de satisfaction immédiate peut mener à une perte de ce qui rend la vie véritablement épanouissante et significative. Ce roman reste d'une actualité brûlante, nous exhortant à réfléchir sur les valeurs essentielles qui devraient guider nos sociétés contemporaines.

Analyse du titre

Brave New World est le titre anglais ; il provient de La Tempête de Shakespeare (acte 5 scène 1). John le sauvage dit souvent cette phrase dans le roman. Dans la pièce de Shakespeare, la phrase est ironique* et la traduction française du titre reprend l'ironie affichée par Voltaire dans Candide ou l'Optimisme, en réaction à l'optimisme du philosophie allemand Leibniz, résumé en la phrase « le meilleur des mondes possibles ».

Le titre a donc un sens caché, opposé à ce qu'il semble dire : le monde du Meilleur des Mondes est loin d'être le meilleur, c'est tout l'inverse.

Cette ironie sert à souligner la profondeur de la critique sociale de Huxley. En empruntant à Shakespeare, l'auteur souligne l'écart entre la vision idéalisée d'un monde parfait et la réalité dystopique qu'il dépeint. Cette dualité renforce le message du livre, incitant le lecteur à explorer les complexités de la condition humaine et les conséquences de nos choix collectifs.

* L'ironie est un double discours qui consiste à dire une chose pour dénoncer son contraire

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