Quelle est la morale du Horla de Maupassant
Découvrez ici la morale de la nouvelle Le Horla (1886 et 1887) de Guy de Maupassant, auteur rattaché au naturalisme de Zola, bien que pionnier dans le registre du fantastique. L'auteur a vécu au temps de Charcot et suivait ses travaux de près : hypnose, hallucinations, folie étaient des thèmes sur lesquels Maupassant avait une culture étendue. Il existe deux versions du Horla. Nous parlerons de la deuxième, la plus connue.
Le Horla, une nouvelle fantastique
La nouvelle est un genre littéraire, tandis que le fantastique est un registre littéraire. Les deux sont en vogue au XIXe siècle et Maupassant s'impose comme l'un des maîtres français de la nouvelle. Une nouvelle est un récit court (maximum 40 000 mots) qui doit pouvoir se lire en une seule fois : c'est son principal intérêt. L'action est donc simplifiée et le nombre de personnages est restreint.
Quant au fantastique, c'est une façon de raconter une histoire : l'auteur introduit l'étrange, l'irrationnel et le surnaturel pour faire douter le lecteur. Souvent, le narrateur s'exprime à la première personne du singulier et subit le fantastique, si bien qu'on ne sait pas si les événements sont le fruit de sa perception déformée d'un narrateur devenu fou ou s'ils sont réels.
Maupassant est rattaché au Naturalisme de Zola. Tout le décor de la nouvelle est décrit avec soin, selon le vécu de l'auteur, ce qui renforce l'arrivée du surnaturel.
En effet, ce souci du détail permet au lecteur de plonger dans un univers qui, bien que dépeint avec une grande précision, est soudainement perturbé par l'intrusion de l'inexplicable. Ce contraste entre le quotidien minutieusement observé et les éléments surnaturels est une caractéristique marquante de l'œuvre de Maupassant.
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Les thèmes centraux du Horla
La folie est le thème central du livre : plus précisément, le double, c'est à dire la raison et la folie dont toutes les femmes et les hommes sont capables. Dans la nouvelle, le Horla incarne la part irrationnelle qui sommeille en chacun. Le personnage participe du décor réaliste que le fantastique vient bouleverser. Le surnaturel est aussi un thème important de la nouvelle.
Maupassant parle aussi de la peur devant l'incompréhensible et l'inconnu, en l’occurrence une créature invisible et supérieure à l'homme. Le Horla est un récit d'épouvante qui prend la forme d'un journal intime.
Le choix de la forme du journal intime n'est pas anodin. Ce format permet aux lecteurs de s'immerger dans les pensées et les états d'âme du narrateur, renforçant ainsi l'impression de vérité et d'authenticité de son expérience. Cette proximité avec le narrateur accentue la tension dramatique et l'angoisse suscitée par l'étrange présence du Horla.
Les personnages du Horla
La nouvelle est centrée sur le narrateur, qui est en somme le portrait autobiographique de Maupassant : un normand, cultivé et curieux, capable de raisonner scientifiquement, de passer au peigne fin ses sensations et ses émotions, mais qui finira fou.
Le Horla est un personnage important, qui côtoie le narrateur et est présenté comme le conquérant de l'humanité, le nouveau prédateur en haut de la chaîne alimentaire.
Le Horla, par sa nature insaisissable, représente une menace invisible et omniprésente, une entité qui défie la compréhension humaine. Cette figure mystérieuse reflète les angoisses et les incertitudes de l'époque vis-à-vis des avancées scientifiques et des questions métaphysiques.
Personnages secondaires : les domestiques du narrateur, le moine du mont Saint-Michel, le docteur Parent, Mme Sablé
Morale du Horla
On peut voir dans le Horla une créature surnaturelle qui met au défi la raison des hommes. Mais on peut aussi le voir comme le double du narrateur, sa face cachée, sa folie et son instinct dépressif, mélancolique, assassin (il tue ses domestiques en mettant feu à sa maison) et suicidaire. Dans les deux cas, Maupassant met la raison à l'épreuve, à une époque qui croit dure comme fer au positivisme et à l'explication rationnelle, scientifique.
Maupassant pose des questions sur la psychée humaine et ses mystères, sans toutefois y répondre. L'auteur lui-même à souffert de la syphilis et des migraines qu'elle entraîne, des douleurs telles qu'elles incitaient à la folie. Certains qualifieront Le Horla d'autobiographie prémonitoire.
Il convient de noter que le Horla peut être interprété comme une critique des certitudes de l'époque. Maupassant, par ce récit, nous invite à réfléchir sur les limites de la raison et sur la complexité de l'esprit humain, un sujet toujours pertinent à notre époque. Cette dimension philosophique ajoute une couche de profondeur à l'œuvre, rendant sa lecture aussi enrichissante qu'intrigante.
Analyse du titre
Le titre est un néologisme, c'est à dire un mot inventé par Maupassant pour désigner la créature surnaturelle. On ne connaît pas avec exactitude l'origine du mot, mais Horla peut venir de :
- l'expression "Hors la loi"
- du mot normand "horsain" qui signifie "étranger"
- de la juxtaposition de "hors" et de "là" (oxymore : la présence est là sans être là)
Ce choix de titre reflète l'idée de quelque chose qui est toujours présent mais insaisissable, un concept qui résume parfaitement l'essence de la nouvelle. Cette ambiguïté linguistique contribue à l'atmosphère mystérieuse de l'œuvre et stimule l'imagination du lecteur.
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