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Quelle est la morale de la fable les obsèques de la lionne - Jean de la Fontaine

 
Par Antoine Decrouy. Actualisé: 24 janvier 2018
Quelle est la morale de la fable les obsèques de la lionne - Jean de la Fontaine
Image: www.flickr.com/

"Les obsèques de la lionne" n'est pas une des fables les plus connues et reconnues de Jean de la Fontaine, elle n'en reste pas moins absolument exceptionnelle. Elle appartient au second recueil des Fables de La fontaine publié en 1694. Au sein de ces 55 vers, le virtuose de la Fontaine mélange avec délicatesse un mordant récit de fiction et un commentaire critique de la société de son époque. Cette fable remplie tous les prérequis afin d'être qualifiée ainsi, elle met en scène des animaux anthropomorphes qui lui permettent d'exprimer son point de vue sur la société.

En tant qu'amateurs de poésie et d'histoires c'est une des fables que nous trouvons les plus intéressantes, c'est pourquoi aujourd'hui nous avons décidé de répondre à la question Quelle est la morale de la fable les obsèques de la lionne.

Dans les prochains paragraphes de cet article Quelle est la morale de la fable les obsèques de la lionne - Jean de la Fontaine nous vous proposerons une courte biographie de de Jean de la Fontaine, la fable entière et pour finir nous analyserons la fable pour répondre à la question quelle est la morale de la fable.

Qui est Jean de la Fontaine ?

Rappelons en quelques mots, si vous le permettez, qui était cet écrivain, nommé Jean de la Fontaine. Il est né à château-Thierry le 8 juillet 1621 et s'est évanoui le 13 avril 1695 dans cette belle ville qui est Paris. C'est un des poètes français les plus réputés principalement connu pour sa pléthore de fable mettant en scène des animaux. Il est très important de comprendre ce qu'est une fable avant de se lancer dans l'analyse d'une, comme il est tout aussi essentiel que de savoir ce qu'est l'alphabet afin d'écrire sa plus belle poésie.

Qu'est ce qu'une fable ?

Une fable est une courte histoire teintée d'humour, le plus souvent écrite en vers. Elle a pour but de distraire le lecteur tout en l'instruisant : c'est pourquoi, elle se conclut sur une leçon que l'on appelle la morale.

Jean de la Fontaine vivait donc sous Louis XIV, à cette époque la liberté créatrice n'était pas sensiblement la même que celle d'aujourd'hui, si par ses écrits un artiste désirait émettre une critique, il valait mieux se montrer malin et la dissimuler. La malice se niche dans la dénonce déguisée, sous couvert de bon mots et de situation pittoresquement théâtrale Jean de la Fontaine dénonce la société du roi Soleil. À cet exercice, Jean de la Fontaine se voit là érigé en maître car les héros de ces fables lui permettent de critiquer les acteurs principaux de la société dans laquelle il vit.

Dans le prochain paragraphe nous vous mettons une copie de la fable les obsèques de la lionne. Continuez votre lecture pour découvrir Quelle est la morale de la fable les obsèques de la lionne.

La fable les obsèques de la lionne

1 La femme du Lion mourut :

Aussitôt chacun accourut

Pour s'acquitter envers le Prince

De certains compliments de consolation,

5 Qui sont surcroît d'affliction.

Il fit avertir sa Province

Que les obsèques se feraient

Un tel jour, en tel lieu ; ses Prévôts y seraient

Pour régler la cérémonie,

10 Et pour placer la compagnie.

Jugez si chacun s'y trouva.

Le Prince aux cris s'abandonna,

Et tout son antre en résonna.

Les Lions n'ont point d'autre temple.

15 On entendit à son exemple

Rugir en leurs patois Messieurs les Courtisans.

Je définis la cour un pays où les gens

Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

Sont ce qu'il plaît au Prince, ou s'ils ne peuvent l'être,

20 Tâchent au moins de le paraître,

Peuple caméléon, peuple singe du maître ;

On dirait qu'un esprit anime mille corps ;

C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.

Pour revenir à notre affaire

25 Le Cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire ?

Cette mort le vengeait ; la Reine avait jadis

Étranglé sa femme et son fils.

Bref il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,

Et soutint qu'il l'avait vu rire.

30 La colère du Roi, comme dit Salomon,

Est terrible, et surtout celle du Roi Lion :

Mais ce Cerf n'avait pas accoutumé de lire.

Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois

Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix.

35 Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes

Nos sacrés ongles ; venez Loups,

Vengez la Reine, immolez tous

Ce traître à ses augustes mânes.

Le Cerf reprit alors : Sire, le temps de pleurs

40 Est passé ; la douleur est ici superflue.

Votre digne moitié couchée entre des fleurs,

Tout près d'ici m'est apparue ;

Et je l'ai d'abord reconnue.

Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi,

45 Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes.

Aux Champs Elysiens j'ai goûté mille charmes,

Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.

Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi.

J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose,

50 Qu'on se mit à crier Miracle, apothéose !

Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni.

Amusez les Rois par des songes,

Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges,

Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,

55 Ils goberont l'appât, vous serez leur ami.

Les obsèques de la lionne : résumé court

Cette fable est intrigante dès le titre, en effet, "les obsèques de la lionne" est un titre que l'on pourrait presque qualifier d'oxymore (presque, dans l'absolu ce n'en est pas une)... Réaliser des obsèques est un comportement typiquement humain, le fait de l'associer avec un animal rend les animaux plus humains que les humains. À l'aide d’enchaînement d'alexandrin, de quatrains, de rimes embrassées et de rimes croisées la lecture de ce poème s'en retrouve extrêmement rythmée et vivante. L'histoire qui nous ait conté au fil de ces vers est la suivante, la femme du lion est morte, et ce dernier en grand roi de la forêt convoque tous ces sujets afin qu'ils ne rendent hommage à sa belle défunte. Ils y vont tous sauf le cerf qui avait vu sa famille détruite par les griffes sans pitié de la lionne, "un flatteur" (ici on doit comprendre qu'il s'agit d'un courtisan) rapporta au roi (le lion) qu'il avait vu rire le cerf de la mort de sa femme. Fou de rage et accompagné de ses loups il s'en alla confronter le cerf :

"Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois

Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix.

Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes

Nos sacrés ongles ; venez Loups,

Vengez la Reine, immolez tous

Ce traître à ses augustes mânes."

Le cerf qui ne désirait pas mourir sous les morsures violente des loups explique au lion par un habile mensonge qu'il aurait bien pleuré si sa femme ne le lui en avait interdit. En effet, cette dernière lui est apparue d'une manière biblique lui expliquant que les larmes sont superflues car où elle se trouve, elle est heureuse.

"Votre digne moitié couchée entre des fleurs,

Tout près d'ici m'est apparue ;

Et je l'ai d'abord reconnue.

Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi,

Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes.

Aux Champs Elysiens j'ai goûté mille charmes,

Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.

Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi.

J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose,"

Après avoir entendu les explications du cerf, le roi n'eut plus envie de le punir et bien au contraire, il le félicita et lui offrit un présent. On assiste ici à une satire des courtisans dont le mensonge est bien trop souvent récompensé.

Continuez votre lecture de notre article Quelle est la morale de la fable les obsèques de la lionne - Jean de la Fontaine pour découvrir la morale de la fable les obsèques de la lionne.

Les obsèques de la lionne : analyse de la morale

Dans cette fable on assiste à une critique des courtisans, entre les vers 17 à 23 on voit Jean de la Fontaine qui prend la parole directement, dans ces 6 lignes il nous donne sa définition de la cour. Il dépeint avec critique la comportement mimétique des courtisans, expliquant qu'aucun d'eux ne ressent de la peine, qu'ils ne sont ici que pour feindre les sentiments que désire voir le roi, ils ne sont qu'une marionnette géante humaine donnant une représentation sentimental pour la mort royale. Le roi ici est dépeint comme étant une personne violente et qui n'hésite pas à lancer les loups (représentant de la violence) sur cet être "chétif" (le cerf). Le cerf qui se voit récompensé pour son mensonge représente une satire des courtisans, qui se voient bien trop souvent récompensé pour des mensonges.

La morale de la fable les obsèques de la lionne se trouve à la fin, elle est énoncée par l'écrivain lui même :

"Amusez les Rois par des songes,

Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges,

Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,

Ils goberont l'appât, vous serez leur ami"

Analyse de la morale :

La morale ici, nous dénonce l'hypocrisie des courtisans tout en mettant en exergue la vanité et la naïveté des rois. Du moment que le mensonge est du goût du souverain, ce dernier l'avalera avec plaisir et le croira. Dans cette fable on comprend que Jean de la Fontaine critique la plus haute autorité du royaume en expliquant qu'elle est esclave des paroles des courtisans, les rois au final ne sont qu'esclaves de la flatterie.

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